Portrait Frédéric Mars                         Couv Tout le bonheur du monde tient dans ta poche

                                  Crédit Photo : Stéphane de Bourgies

 

Frédéric Mars est auteur. Son dernier roman « Tout le bonheur du monde tient dans ta poche » vient de paraître aux éditions French Pulp.

Une jolie histoire empreinte d’espoir, d’amour et de bienveillance, un retour à la vie.

 

https://www.amazon.fr/Tout-bonheur-monde-tient-poche/dp/B076285WVW/ref=sr_1_sc_3?ie=UTF8&qid=1524333059&sr=8-3-spell&keywords=frédérc+mars

 

Suivez son actualité sur sa page facebook : https://www.facebook.com/fred.mars2

 

J’ai rencontré Frédéric il y a une dizaine d’années lors d’une soirée littéraire. Une connaissance commune nous a présentés et depuis notre amitié n’a fait que se renforcer. Il est précieux à mon cœur. Je lui suis reconnaissante car il a m’a ouvert les portes de l’édition et m’a confié les clés. Grâce à lui, j’ai pu être publiée et depuis je suis mon chemin.

Il est mon invité des « Rencontres féeriques ». Chaque jour de cette semaine, vous découvrirez une partie de son interview réalisée par téléphone. Je le remercie de sa confiance, de sa simplicité et de son authenticité.

 

Que représente pour toi l’écriture ?

Beaucoup de choses, une gymnastique beaucoup. Ce dont je suis persuadé, c’est que c’est un peu un muscle l’écriture. Plus on écrit, plus ça devient non pas facile mais je dirais fluide. C’est-à-dire que moins il y a d’effort à produire, plus de choses viennent comme ça. C’est un peu comme les muscles d’un sportif de haut niveau. L’écriture ça se travaille et quand on l’a beaucoup travaillée, quand on a beaucoup produit, beaucoup écrit, on sait qu’on n’aura jamais de réelles difficultés à ce que ça sorte. De même que le sportif de haut niveau fera toujours des performances qui sont à peu près stables.

C’est aussi un plaisir mais pas que. Même si ça sort, quand on fait des kilomètres d’écriture, on sature. Il y a une espèce de dose de soi qui peut sortir chaque jour et quand cette dose est sortie quelle qu’elle soit, il ne faut pas chercher à forcer les choses, plus rien ne sortira de bon ou d’intéressant. Il faut s’aérer la tête ou il faut la remplir et la nourrir plutôt que de chercher à en extraire quelque chose. Un truc que les gens ont du mal à concevoir quand ils ne font pas cette activité-là , c’est que c’est assez physique, ça pompe vachement d’énergie de ne faire qu’écrire. Moi qui suis extrêmement sédentaire, et bien que je sois gourmand, je suis assez mince. Il y a peut-être des auteurs très gros mais finalement quand je réfléchis bien il n’y en a pas tant que ça ! Ce que je veux dire par là, c’est qu’on dépense de l’énergie au sens calorique du terme en se concentrant, ça demande une concentration extrême. Quand on écrit, toi tu le sais, on est dans un état un peu second. On est dans un état de conscience un peu modifiée, on est dans un état d’imperméabilité au monde et à ce qui nous entoure. On est vraiment dans notre bulle, c’est ce qui fait que passer de l’écriture à autre chose est parfois très compliqué. Quand on écrit, il faut être complètement immergé, sinon on passe son temps entre le téléphone, l’écriture, les factures…

 

Je vois très bien ce que tu veux dire (sourires)

On est dans cet état de conscience modifiée qui je pense pompe de l’énergie, c’est fatigant. Quand j’ai passé  huit heures maximum à écrire, je suis vanné. Je ne suis pas disponible pour grand-chose d’autre.

 

Petit, tu écrivais quoi ? Des nouvelles, des poèmes ?

Un peu tout ça, des petites histoires, des pseudos nouvelles, un peu de poèmes aussi. Rien de très construit très franchement. Ce qui m’a lié à ce flash que j’avais eu à 11 ans, c’est plus le plaisir de la langue, et la conscience que ce que j’écrivais pouvait communiquer une sensation, une émotion. Les histoires très construites sont venues après, cette envie de raconter des histoires. Enfant ce n’était pas ça, c’était juste le plaisir d’écrire.

 

Quel est ton parcours ?

Etudes de lettres très classiques (classes prépa hypokhâgne et khâgne), pas du tout avec la volonté de me présenter à Normal Sup, ce qui est censé être la finalité. Mon envie initiale d’écriture s’orientait presque plus vers l’image. Je suis un passionné de cinéma, je voulais écrire pour l’écran. Il y a en France une voie royale pour ça, qui s’appelle la Femis, c’est l’école publique de cinéma où je voulais faire la section scénario. J’ai passé une fois le concours, je l’ai raté et bêtement je me suis arrêté à ça pour des raisons que je n’analyse pas encore aujourd’hui plus de trente ans après (sourires). Je me suis un peu rabattu sur l’écriture journalistique, j’ai fait une école de journalisme, qui s’appelle le Celsa, sans grande passion. J’ai été après pendant dix ans journaliste et en parallèle j’avais continué à écrire des choses. Et puis un jour j’ai eu un accident de parcours qui s’appelle le chômage  mais qui a été aussi une très grande chance. Cela m’a permis de commencer à m’investir uniquement dans l’écriture de livres, et désormais c’est ma vie à temps plein.

 

Dans ton roman, tu abordes le suicide donc la mort. Que signifie-t-elle pour toi ?

C’est extrêmement compliqué de répondre à ça. C’est le meilleur aiguillon possible.

 

C’est-à-dire ?

Nous sommes à priori la seule espèce vivante sur cette Terre à avoir une pleine conscience de notre mortalité. C’est à la fois le pire drame de notre vie, cette mortalité qui nous rend si agressif, si avide de plein de choses peu reluisantes. On a ce besoin de transcendance puisque cette pleine conscience de notre mortalité est quelque chose d’à peu près insoutenable, ce qui nous pousse à la transcender par des choses très concrètes et matérielles mais aussi par des choses beaucoup plus spirituelles, ce qui est à l’origine des religions. L’aiguillon parce que c’est à la fois ce qui nous pousse au pire mais aussi au meilleur et aux plus belles choses que ce soit des choses très éthérées ou très concrètes.

 

Et la vie après la vie, ça te parle ?

Ca me parle mais sous des formes qui ne sont pas telles que présentées ou proposées par les religions. C’est sous plein de formes détournées, c’est sous forme de traces, de signes comme tu le sais, c’est sous forme d’éventuelles postérités, ça fait très institutionnel mais j’ai beaucoup de recul par rapport à ça. Je suis un petit écrivain qui fait son petit artisanat donc je n’ai pas du tout de prétention à ça. C’est laisser juste une petite trace dans le monde. Même si ma vie est extrêmement modeste et confidentielle, c’est savoir apporter sa petite brique justement à la transcendance globale et à la beauté du monde. Chacun apporte sa petite brique. Tout ça pour moi c’est déjà la vie après la vie. A notre manière ces vies après la vie se construisent au présent. C’est en mettant nos meilleurs efforts à faire ces petites briques-là qu’on la construit la vie après la vie.

 

Est-ce que tu crois que les défunts communiquent avec nous lors de notre passage terrestre ?

L’un de mes mots préférés est porosité parce que je le trouve joli et ensuite parce que je suis persuadé que dans la vie beaucoup de choses sont poreuses. La fiction et la réalité sont peu étanches et il y a des passerelles entre les deux. J’ai l’impression de vivre dans un monde plus au moins de fiction et que dans ma fiction, il y a énormément de réalité. Je pense qu’il y a une passerelle entre un supposé monde des vivants et un supposé monde des morts. Ils sont toujours plus ou moins là, il n’y a pas de vraies, il y sans doute. un passage Après est-ce que tous les défunts sont aussi présents que d’autres ? Non pas forcément. Je pense qu’il y en a de plus présents que d’autres. Après pourquoi ? Je ne saurai pas y répondre. Je sais que j’ai mes défunts très présents dans ma vie. J’ai une grande tante qui était plus une grand-mère pour moi, tout le monde la surnommait Cécette, on l’écrivait C7. Récemment à un moment où je n’allais pas très bien, je décide d’aller au cinéma et en réservant ma place, je choisis un fauteuil au hasard et c’était le C7. Sur 400 fauteuils, je tombe sur le fauteuil qui me parle et pendant toute la séance, je ressentais fortement sa présence. On peut ne pas y être sensible, on peut refuser de voir ces signes-là, on peut se dire que ce sont des conneries et puis on peut juste prendre ce qu’il y a de bien dedans. Je ne vois pas ça comme un truc flippant ou oppressant. Cette porosité entre les mondes m’a rassuré, aidé et m’a fait du bien. C’est juste réconfortant, agréable. Et puis c’est un peu rassurant, de se dire que soi-même on pourra apporter le même réconfort quand on ne sera plus de ce monde-là.

 

Découvrez la suite demain…

 

 

Valérie Motté

"AVEC NOS PENSÉES NOUS CRÉONS LE MONDE" BOUDDHA