Louis Bertignac est un artiste au parcours incroyable. Il a marqué les années 80 avec son groupe de rock Téléphone. Le succès de la tournée des Insus démontre bien qu’il reste dans le cœur des français mais les mots me manquent pour présenter un si grand musicien.  Son album solo Origines est sorti le 16 novembre dernier, jour où je l’ai interviewé.

 

Pour suivre son actualité :

www.bertignac.com

 

Louis Bertignac est mon invité des « Rencontres féeriques ». Chaque jour de la semaine, vous découvrirez une partie de notre échange. Je le remercie chaleureusement de sa disponibilité, de sa simplicité et de sa générosité.

 

 

Votre nouvel album Origines sort aujourd’hui le 16 novembre, c’est un nouveau bébé.

Oui et mon fils est né le 19 novembre.

 

Novembre est un mois clé alors…

Sûrement.

 

Cet album est très personnel. Cette envie de reprendre des grands titres du patrimoine musical vous titillait depuis longtemps ?

Non pas vraiment. Pas du tout même ! En fait, j’étais dans la voiture, j’écoutais Rod Stewart et je me suis amusé à chanter C’est fini. J’ai eu envie de le faire à la maison, j’ai bien aimé ma façon d’écrire. Je ne me prenais pas la tête, j’avais déjà un thème que m’avait fourni Rod.  Ecrire a toujours été un problème pour moi mais c’est la première fois que j’aime ma façon d’écrire.

 

Pourquoi ?
Je ne sais pas quoi raconter et puis j’avais des blocages parce que j’ai rencontré des types dans la vie qui étaient trop bons comme Higelin, Aubert. En plus, je n’ai jamais lu de poésie, ce n’était pas mon truc – je comprends qu’on puisse aimer – je me prenais trop la tête sur ce qu’il fallait faire.

 

Ça ne résonnait pas chez vous…

En effet. Je me demandais s’il fallait de la poésie, du sociétal, j’étais bloqué avec tout ça.

 

Vous mentalisiez trop peut-être ?

Oui, c’est l’un de mes gros problèmes. Et là, j’ai pris ça par un autre biais qui n’avait rien à voir. Je m’amusais, c’était un exercice de style, je ne comptais pas en faire un album et ça m’a plu. J’ai réessayé un peu plus tard sur un Dylan pour voir et pareil ça coulait. Je ne pouvais pas le traduire alors j’inventais une histoire même si j’étais inspiré par l’original et je mettais un peu des trucs que j’avais vécus dedans. Au fur et à mesure, tout était facile. Avant, les musiques sont toujours arrivées facilement mais écrire les textes dessus, c’était toujours un peu un cauchemar.

 

Du coup, vous avez mis combien de temps pour faire l’album ?

Ça a pris un an et demi.

 

Vous vous sentiez plus légitime ou plus à l’aise de chanter les titres en français ?

Ce n’était pas un problème de légitimité, ça m’amusait de traduire et je me suis dit que finalement je savais peut être écrire.

Toute ma vie, j’ai chanté des chansons en anglais mais pour les mettre sur un disque impossible. Parce que si je prends un Stones, jamais je n’aurais l’accent de Jagger que j’aime tant. Si je fais ça sur un disque et que je l’écoute six mois plus tard, je vais vomir car je vais me dire que tel mot, on ne le dit pas de cette façon. Ça m’a toujours posé un problème d’enregistrer un classique que je respecte plus que tout. En français, non seulement, ça me faisait travailler sur l’écrit mais ça apportait quelque chose de nouveau.

 

Et comment avez-vous fait la sélection des titres car au début ça s’est fait un peu comme ça ?

Il y a eu plusieurs facteurs pour la sélection. Certains potes me proposaient des titres, j’en ai choisis en fonction du sujet ou alors je me disais que j’arriverais à écrire là-dessus. Et puis la sélection s’est faite aussi au niveau des autorisations. Je ne m’en suis pas occupé, c’est la maison de disques qui a géré ça mais de temps en temps je recevais une bonne nouvelle. Au départ, ça ne devait pas être un album, j’ai enregistré les chansons comme ça.

 

Mais vous avez pris plaisir à le faire ?

J’ai pris un plaisir inouï beaucoup plus que d’habitude. Tout simplement parce que je jouais des musiques que j’adore. C’est bien différent que d’essayer d’écrire timidement des chansons en se questionnant. Bien évidemment, là aussi je me demandais s’il fallait rejouer la batterie ou si la guitare sonnait bien… J’ai passé des nuits de folie sur des titres qui n’ont pas été acceptés mais je me suis éclaté.

 

Pourquoi avez-vous choisi le titre Origines ?

Au départ, il devait s’appeler Racines et je crois que c’est un copain qui me l’avait suggéré mais je n’aimais pas trop. Le son de Racines est dur. Pourquoi Origines ? Il y a un jeu vidéo, un peu scientifique, on fabrique de nouveaux êtres à partir de cellules, je trouvais ça marrant et puis j’aimais bien ce nom quand je le voyais.

 

Mais il a quelle résonance si on fait abstraction du jeu vidéo ?

Je suis né en Afrique, mes origines, à priori, c’est ça mais pour cet album ça n’a rien à voir. Mes origines correspondent au jour où j’ai découvert la musique, j’ai été transformé.  Je suis tombé amoureux de quelques albums  des Stones, des Beatles, ça a dirigé ma vie sans le vouloir. Je ne me suis pas dit que je voulais être musicien. Je crois que j’ai décidé d’être musicien après le 2èmeTéléphone mais jamais j’aurais osé le dire, je ne suis pas un bélier comme Jean-Louis. Je l’ai rencontré j’avais 16, 17 ans. Il me disait qu’il voulait être musicien tout comme Richard.

 

Vous êtes de quel signe ?

Je suis poisson.

 

Vous avez une carrière incroyable. Quand vous regardez  votre parcours, vous vous dites quoi ?

C’est génial ! S’il y avait une deuxième après ou une énième vie – car on ne sait pas – je demanderais exactement la même, franchement je ne vois pas ce que je pourrais changer. Je la trouve même plus intéressante que celle de McCartney par exemple.

 

Pourquoi ?

Parce qu’il y a des hauts et des bas alors que chez McCartney, dès le départ, ça monte et ça n’a fait que monter.

 

Vous trouvez intéressant justement d’avoir des bas ?

Oui.

 

Pourquoi ?

Parce que c’est difficile et quand c’est difficile, on apprécie quand c’est bien. Ça m’a donné des forces. Quand c’est difficile, on souffre mais on prend des forces et puis j’aime bien le fait d’avoir surmonté des épreuves, je suis fier. Si je n’avais pas eu d’épreuves, je serais moins fier.

 

Du coup quand une épreuve se présente à vous, vous l’accueillez comment ?

Ça dépend du genre d’épreuves. Si c’est une maladie, évidemment, ça m’angoisse mais assez rapidement je me dis qu’on est censé cohabiter et donc on va essayer d’être pote. Depuis plus d’un an, j’ai un sifflement dans l’oreille 24/24, j’avoue, c’est difficile d’être pote avec un truc aigu.

 

Surtout quand on est musicien…

Quand on réalise un album, ce n’est pas évident, c’est pour ça que j’ai pris un jeunot qui avait des oreilles toutes fraîches pour m’aider à mixer. C’est le fils d’un pote que j’ai depuis l’âge de 18 ans. J’aime bien son fiston, il me rappelle son père quand il était jeune et comme il a fait des études d’ingénieur du son, je lui ai demandé de m’aider.

 

Certaines personnes pensent – j’adhère à ça – que la maladie, c’est le mal a dit, que notre corps nous parle afin de nous transmettre un message.

C’est arrivé pour certaines choses comme les migraines par exemple. De 20 à 40 ans, j’avais des migraines qui duraient deux, trois jours, c’était vraiment chiant. Il n’y avait rien qui marchait et c’était de pire en pire, parfois j’avais tellement mal que je n’avais pas la force d’aller chercher un cachet. Et un jour, j’ai parlé à ma migraine et je lui ai dit que j’avais compris son message et qu’elle n’avait plus besoin de revenir. J’ai compris  qu’il fallait ne pas se coucher trop tard, qu’il fallait dormir un peu, qu’il ne fallait pas oublier de manger quand on se lève le matin… et je n’en ai plus jamais eues.

 

C’est être à l’écoute de son corps.

Je n’ai pas encore trouvé la solution pour mon pote le sifflement. Et si ça se trouve je ne la trouverais jamais. Je fais comme s’il était là depuis que je suis né, j’oublie comment c’était avant.

 

Vous êtes plutôt de nature optimiste puisque vous disiez que les épreuves vous permettaient d’apprécier le positif ?

Je n’ai pas l’impression d’être ni optimiste ni pessimiste.

 

L’histoire C’est fini  a été le pire moment de ma vie. Ma femme m’a quitté, j’ai deux petites filles, c’était une période immonde, je perdais tout à la fois.

Environ trois semaines après ce tsunami, j’ai réagi. J’étais à Monaco pour faire un concert. Une fois dans ma chambre d’hôtel, j’ai beaucoup réfléchi et je me suis dit que j’allais continuer à flipper de plus en plus si je ne me ressaisissais pas. Pour la première fois de ma vie, j’ai vécu ce que certains vivent malheureusement tous les jours. Quand je dormais, j’avais l’impression que c’était la vie. Et quand je me réveillais, j’avais l’impression que le cauchemar commençait. Je me suis dit que si je restais dans ce cauchemar permanent, dans trois mois, j’allais me flinguer. J’ai choisi l’autre solution, celle de vivre à fond et j’ai décidé que ma vie serait un feu d’artifices jusqu’à ma mort. Ça m’a donné des forces et il s’est passé plein de trucs géniaux.

 

C’est fou les ressources qu’on a…

C’est étonnant car c’était vraiment entre deux. J’ai choisi la bonne solution, effectivement, depuis il m’est arrivé plein de trucs sympas dont la femme de ma vie et mon petit garçon. C’est le paradis !

 

Chaque jour est une nouvelle journée avec son lot de surprises quelles qu’elles soient. Rien n’est permanent non plus.

Mais quand même les efforts paient.

 

Quand on vit quelque chose de très éprouvant – quelle que soit la forme de cette épreuve – on n’a pas 15 000 solutions…

Il y en a deux.

 

Mais je pense qu’il faut aussi accueillir la tristesse, la colère sinon ça ressort plus tard et ça fait l’effet d’une cocotte minute. Il faut prendre aussi ce temps pour soi, pour accueillir ses émotions et après il faut essayer de les transformer. Parfois une aide extérieure est nécessaire.

Il faut se laisser souffrir.

 

À la perte d’un être cher, on parle bien de cette période du deuil.

Oui c’est ça…

 

Découvrez la suite demain…

 

 

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Valérie Motté

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