Crédit photo : Thomas Graindorge

 

Stéphanie Jarroux est une artiste dans l’âme. Cette maman dynamique est comédienne, auteure et art thérapeute. Elle est actuellement sur la scène de la Comédie des Trois Bornes à Paris dans une nouvelle version de son spectacle Bio et Barge, Tofu la semaine, mojito le week-end !

 

Découvrez son univers : http://stephaniejarroux.fr

Et le lien du TEDx : https://www.youtube.com/watch?v=XKiI1bdUryM

 

Pour réserver vos places : https://www.billetreduc.com/218712/evt.htm

 

Elle est mon invitée de la semaine. Chaque jour, vous découvrirez une partie de son entretien. Nous nous sommes retrouvées dans le 6èmearrondissement où nous avons partagé une « Rencontre féerique ». Stéphanie m’a touchée par sa fragilité mais aussi par la passion qui l’anime. Je la remercie de sa simplicité, de son authenticité et de sa sincérité.

 

 

Au niveau de l’art thérapie, tu es avec des ados, des jeunes. Que leur proposes-tu concrètement ?

Pour dire vrai, j’ai arrêté parce que le spectacle me prend du temps et surtout ne me permet plus d’exercer ce métier comme je le souhaiterais. J’ai suivi des ados et des jeunes, ce qui veut dire les suivre une fois par semaine ou plus, ça veut dire les « bilanter », ça veut dire assister aux réunions et c’est en général sur l’année scolaire. Je ne peux plus le faire. Et si c’est pour le faire une fois de temps en temps, ça ne sert à rien. C’est la régularité qui fait que le jeune se sent accompagné, se sent pris en main. Je faisais des ateliers théâtre avec la médiation théâtre – ce n’était pas du tout des leçons de théâtre – mais aussi d’écriture sous toutes ses formes avec des décrocheurs scolaires en situation grave. J’ai exercé en hôpital psychiatrique, à l’école dans un collège, avec un programme qui était spécialisé pour ces décrocheurs-là et qui permettait de les raccrocher. Ça n’a pas été facile de le mettre en place car il faut beaucoup convaincre, les enfants mais aussi les parents, l’école. C’est une expérience qui n’a pas été évidente à vivre parce qu’on se rend compte que la société a du mal à bouger et qu’il faut d’abord éduquer les adultes avant de prendre en charge les enfants.

 

Comment es-tu venue à l’art thérapie ?

Quand j’ai décidé de quitter mon job, je me suis mise à écrire et comme une évidence – je ne sais pas l’expliquer – je devais être aussi dans l’accompagnement. Au fur et à mesure que je jouais ce spectacle, je me rendais compte un peu du pouvoir, entre guillemets, thérapeutique du spectacle. Finalement  ce n’est pas le même métier mais il y a un accompagnement, que ce soit sur scène avec plein de gens ou un accompagnement face à face et plus intimiste… On n’a pas la même posture évidemment  mais je trouve qu’il y a beaucoup de ponts. L’art thérapie m’a beaucoup servi aussi pour le spectacle comme le spectacle m’a beaucoup servi pour l’art thérapie notamment ce côté détour, comment faire passer des messages sans dire que c’est un message surtout avec des décrocheurs scolaires ? Pourquoi les enfants en particulier ? C’est l’expérience personnelle. J’ai trois enfants et ma deuxième a refusé d’apprendre quand elle est rentrée au CP. C’est elle qui m’a mise douloureusement sur cette voie-là. Au début, ça m’a beaucoup énervée qu’elle ne rentre pas dans les apprentissages. Il m’a fallu du temps pour comprendre ce qui se passait. Je fais aujourd’hui le constat que ce n’est vraiment pas simple. J’ai parfois l’impression – en tant qu’art thérapeute ou thérapeute – qu’on met un petit pansement sur des plaies qui sont énormes. La façon dont on agit ne sert pas à grand chose si le système ne bouge pas. C’est un constat personnel. Ça ne me fait pas baisser les bras mais je trouve que c’est douloureux parce que si on ne soigne pas vraiment la plaie, ça ne sert pas à grand-chose. On s’épuise beaucoup et pour autant les enfants sont dans le même état. Ce n’est pas simple.

 

Tu as eu le courage de sortir de ta zone de confort, de sortir d’une vie où tu étais salariée à une période difficile économiquement comme si ta mission d’âme avait été plus forte que tout pour oser passer ce cap…

Oui. Sans le soutien de mon compagnon, je n’aurais pas pu le faire. La vie est bien faite. Quand j’ai attendu Irène ma troisième, mon compagnon était en train de terminer un MBA, il a négocié un départ à son travail et il a monté sa structure. Pendant un an, il a bossé comme un malade et moi j’avais décidé de m’arrêter toute une année scolaire  pour être avec mes trois enfants. Ce n’était pas simple en terme d’organisation. Au moment où j’ai eu envie de quitter mon job et de monter sur scène, il était d’accord comme si ça ne le choquait pas plus que ça et il voulait redevenir salarié. C’était plutôt bien fait. Il a vécu cette expérience d’indépendant, renoncer à l’entreprenariat n’était pas un échec et c’était à mon tour de suivre ma voie. Ça ne se serait peut-être pas fait sans ça, je n’en sais rien. Faire du spectacle, on ne gagne pas un rond et on en dépense. Si on n’a pas de soutien financier du conjoint, de la famille, c’est hyper dur d’en vivre. C’est pour ça que la plupart arrête. De plus, je suis partie de mon job dans de très bonnes conditions.

 

Tu n’étais pas non plus en burn-out ?

Non, je n’ai pas eu besoin de ça pour écouter mon âme. Je me suis peut-être arrêtée avant. C’est positif de vouloir réaliser un rêve d’enfant. Je n’ai pas eu une enfance très facile, j’ai voulu sublimer ce qui était bien malgré tout, le jeu c’est quelque chose que j’ai en moi.

 

C’est ton âme d’enfant qui pétille ?

Ça doit être un truc comme ça.

 

Tu es donc très créative. Que signifie pour toi la créativité ?

C’est un petit peu ma bulle, mon refuge. Ce n’est pas toujours simple parce que je n’aime pas tellement la réalité.

 

Pourquoi ?

Je crois que ça date de mon enfance. Le réel était très violent. Mon échappatoire était le jeu, mes poupées Barbie. Ma sœur et moi avions énormément de poupées et d’accessoires. Dans notre chambre, nous avions recréé une espèce de ville parce que nous étions très gâtées matériellement. Elles avaient toutes un rôle. Il y avait des chanteuses, des cosmonautes. Il y avait des jardins, des magasins. Nous nous enfermions là-dedans. Je crois que c’est un réflexe. Le réel, parfois, j’en ai peur et parfois il m’emmerde beaucoup. Je crois qu’il y a quelque chose qui n’est pas très beau dans le réel, du coup écrire ou créer des histoires, imaginer, rêver, fantasmer, c’est un truc que je fais souvent.

 

Mais on est incarné.

Oui. Le spectacle c’est l’incarnation.

 

Découvrez la suite demain…

 

Retrouvez l’article précédent : http://valeriemotte.com/stephanie-jarroux-1-5/

 

 

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Valérie Motté

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