Crédit photo : Thomas Graindorge

 

Stéphanie Jarroux est une artiste dans l’âme. Cette maman dynamique est comédienne, auteure et art thérapeute. Elle est actuellement sur la scène de la Comédie des Trois Bornes à Paris dans une nouvelle version de son spectacle Bio et Barge, Tofu la semaine, mojito le week-end !

 

Découvrez son univers : http://stephaniejarroux.fr

Et le lien du TEDx : https://www.youtube.com/watch?v=XKiI1bdUryM

 

Pour réserver vos places : https://www.billetreduc.com/218712/evt.htm

 

Elle est mon invitée de la semaine. Chaque jour, vous découvrirez une partie de son entretien. Nous nous sommes retrouvées dans le 6èmearrondissement où nous avons partagé une « Rencontre féerique ». Stéphanie m’a touchée par sa fragilité mais aussi par la passion qui l’anime. Je la remercie de sa simplicité, de son authenticité et de sa sincérité.

 

 

Quand on est maman, qu’on a une vie active, comment parvient-on à se ressourcer ? Tu parlais de ta créativité mais parviens-tu à te prendre des pauses ?

Je n’arrive pas à méditer, je crois que ça m’emmerde profondément mais je fais de la course à pied depuis que j’ai quatorze ans et j’ai quarante-et-un ans. C’est ma bulle et c’est peut-être une forme de méditation parce que je suis face à moi-même, parce que j’essaie d’évacuer ce qu’il y a à évacuer pour me concentrer sur la respiration. Méditer dans mon appart, c’est impossible. J’arrive de temps en temps à faire quelques respirations.

 

Idem avec les méditations guidées ?

Je n’y arrive pas. J’en ai parlé avec une amie prof de yoga qui m’a dit que ce n’était pas mon truc et qu’il ne fallait pas que je me force à le faire. Ça m’a soulagée qu’elle me dise ça.

 

Quand tu me parlais de ton parcours, tu disais que tu n’avais pas osé exprimer ton rêve.

J’ai adoré ce que j’ai fait, apprendre, étudier. Je suis diplômée de russe avec une mention civilisation transcaucasienne, qui ne me sert à rien aujourd’hui.

 

Tu as des origines russes ?

Pas du tout.

 

Pourquoi le russe ?

J’ai découvert Tchekhov à l’âge de quatorze ans quand j’étais en troisième. J’ai adoré sa littérature et je me suis dit que ça serait super bien de l’apprendre dans le texte. J’en ai fait six ans. Je suis même partie en Lituanie enseigner le français. Ca m’a beaucoup plu. J’ai adoré les études que j’ai faites. La question du rêve d’enfant a été reportée. Il a fallu attendre trois enfants et quinze ans de vie pro. C’était mon moment. Après j’ai pris des petits chemins détournés (le journalisme, la radio, les conférences).

 

Tu as connu une enfance difficile. C’est à l’âge de dix ans que tu as commencé à ne plus t’alimenter et ton entourage ne s’en est pas aperçu ?

C’est arrivé sournoisement petit à petit. Ce n’est pas que je ne mangeais plus du tout mais j’ai commencé à développer des phobies avec certains aliments comme la viande, tout ce qui était filandreux, les haricots verts, les spaghettis, tout ce qui était long. J’ai commencé à évacuer cette alimentation et puis à développer une espèce de sensation de barre de fer dans la gorge qui m’empêchait d’avaler. Au début, je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait et pourquoi. On a été voir des ORL, il n’y avait pas de problèmes mécaniques. C’était psychologique. Ça s’arrêtait, les aliments étaient toujours un peu compliqués, ils devenaient de plus en plus nombreux à être difficiles à avaler jusqu’à ce qu’à l’adolescence, je pète un câble et que je ne veuille plus manger. Je me souviens que je mangeais des cracottes. J’avais développé une relation un peu affective avec ces aliments. Ça a duré longtemps. En première, quand ça a commencé à ne plus aller du tout, on m’a donné des médocs, j’ai été contrainte d’aller voir un psy.

 

Tu as été hospitalisée ?

Non, je ne suis jamais tombée au point de l’hospitalisation. Je commençais à me mutiler un peu, par exemple, je me coupais les cheveux. Je me faisais un peu de mal, je ne dormais pas. C’était très compliqué. Ce qui m’a un peu sortie de moi et sorti de tout ça, c’est un voyage. Au fur et à mesure que je regardais ailleurs, je ne me regardais plus trop. C’est ça qui m’a fait du bien pour moi mais l’anorexie est très grave, il faut d’abord voir un médecin, ensuite on peut se faire accompagner un peu différemment. Ce voyage a comme différé les choses, « ça va mieux, je reprends confiance mais ce n’est pas encore tout à fait ça ». À cette période, je ne m’aime pas trop. Physiquement j’ai du mal à me trouver jolie, je me trouve toujours trop grosse, trop là. Il y a toujours un truc qui déconne mais j’arrive à vivre avec ça. Je me mets à beaucoup courir, je m’épuise. Et puis je rencontre mon mari, qui cuisine très bien et il me redonne vraiment goût aux choses sans me faire de leçons. Je me réapprivoise comme ça avec la nourriture. Les grossesses arrivent et c’est à nouveau compliqué. Pour moi, l’anorexie est une maladie de l’addiction, on reste anorexique à vie. C’est comme l’alcoolisme ou le tabac. On reste fragile à cet endroit-là. J’en suis persuadée. J’ai travaillé là-dessus bien sûr mais il y a un fond qui reste. On vit avec, j’ai accepté ça, de me dire que c’était ma fragilité. Quand ça ne va pas bien, ça peut revenir, ça me fait moins peur. Après les trois grossesses, il fallait que je perde du poids alors je me suis affamée. C’est bien que c’est là encore. La joie d’être maman n’était pas suffisante pour apaiser tout ça sauf pour Irène qui a une histoire particulière dans notre vie car elle est arrivée après la perte d’un enfant. Je pense que ce n’est pas non plus un hasard. C’est une enfant que j’ai voulu allaiter, je ne me posais aucune question et ça s’est très bien passé. L’allaitement, je l’ai décidé au moment où elle est arrivée. J’ai été accompagnée par les sages-femmes. Elles ont été bienveillantes, elles m’ont aidée. Je l’ai allaitée pendant dix mois. Quand on respecte ce que l’on ressent, c’est comme si la lumière se fait. Ce n’est pas rien parce que je me dis que si j’avais été accompagnée un peu différemment pour les deux autres peut-être que j’aurais fait ce choix. On culpabilise un peu mais pour Irène je ne me suis pas du tout affamée car j’ai remarqué que je perdais du poids en allaitant. Je trouvais ça magique, ça m’aidait à me sentir bien. Ce n’est pas le but de l’allaitement mais ça m’a permis de me sentir à ma place dans ce geste-là.

 

Finalement c’est l’amour de ton mari qui t’a permis de retrouver une harmonie, c’est la thérapie, la maternité ou un ensemble de tous ces ingrédients ?

C’est l’ensemble de tout ça mais c’est aussi la recherche de sa propre vérité dans la douleur ou dans la joie, se confronter à des choses pas simples du passé, à pardonner ce qu’on peut pardonner.

 

Justement que représente pour toi le pardon ?

C’est envisager la situation comme une situation qui peut évoluer. Je pense qu’on vit avec nos blessures qu’on transcende.

 

Et le pardon envers soi ?

Je n’en suis pas encore là, j’y vais par étape. Je suis toujours à certains endroits en colère. C’est peut-être aussi ce qui me permet de rester vivante, de transformer ça en énergie créative.

 

Et la mort, que signifie-t-elle pour toi ?

Ca reste quelque chose de très douloureux. Ca fait partie de mes transmissions. La mort d’autrui – je n’ai pas cette sagesse de me dire que c’est cette âme qui a fini de vivre sa vie – m’effraie. Pour moi, il y a pire que la mort, ne pas vivre sa vie. Mais quand je dis ça, je ne pense pas à mes filles. Mais l’idée de ne pas vivre sa vie fait accélérer certaines choses. Ca me rend un peu impatiente parfois parce qu’il y a des choses que je veux accomplir. Oui c’est peut-être de l’ego mais on en a besoin un petit peu quand on est artiste. Je suis devenue encore plus exigeante avec moi.

 

Découvrez la suite demain…

 

Retrouvez les articles précédents :

http://valeriemotte.com/stephanie-jarroux-1-5/

 

http://valeriemotte.com/stephanie-jarroux-2-5/

 

 

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Valérie Motté

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