Portrait Alice Gautreau                                Couv seuls les poissons morts suivent le courant éd Pygmalion

 

Alice Gautreau est sage-femme pour Médecins sans frontières. Elle raconte son parcours incroyable dans son livre Seuls les poissons morts suivent le courant paru aux éditions Pygmalion.

https://www.editions-pygmalion.fr/Catalogue/hors-collection/documents-et-temoignages/seuls-les-poissons-morts-suivent-le-courant

 

Voici un site qu’elle affectionne tout particulièrement : www.sosmediterranee.fr

 

 

J’ai rencontré cette jeune femme rayonnante à l’hôtel Renaissance Paris Arc de Triomphe. Sa joie de vivre, sa simplicité et son authenticité m’ont séduite. Je la remercie d’avoir accepté mon invitation et de sa spontanéité. Sa passion pour son métier lui confère une personnalité empreinte de fraîcheur et de combativité. Elle est mon invitée des « Rencontres féeriques » de cette semaine. Chaque jour, découvrez une partie de notre échange.

 

On va revenir sur votre parcours, il est un peu atypique. On sentait que ça vibrait en vous déjà petite. Quand votre maman vous a annoncé qu’elle était enceinte de votre petit frère, c’était comme de l’effervescence. J’appellerai ça une mission de vie, vous êtes habitée par cette envie d’aider à donner la vie. Pouvez-vous nous raconter tous ces petits moments clés qui vous ont inspiré cette envie ? Devenir sage-femme n’est pas un rêve de petite fille classique.

J’ai toujours été très poupée quand j’étais petite fille, je ne jouais ni à la Barbie ni à Polly Pocket. J’avais toujours un poupon, un bébé avec moi, je lui changeais les couches. J’adorais m’occuper de mes bébés. Au début, je voulais être sage-femme parce qu’on allait avoir un bébé. En devenant femme, je me suis rendu compte qu’au final on ne s’occupe pas tellement des bébés même si je les aime toujours. En grandissant j’ai été de plus en plus éveillée à la cause féministe, à la cause des femmes en général. Je me suis de plus en plus intéressée à tout ça. Je trouve que, pour les femmes, ce n’est pas facile et pourtant j’ai grandi dans une famille ouverte, dans un pays occidental, en France. Aujourd’hui je découvre un autre niveau de difficultés pour les femmes car je suis allée en Afrique, j’ai vu d’autres choses mais même chez nous, il y a encore beaucoup de travail. Je trouve que les femmes entre elles ne sont pas très tendres en règle générale. Etre sage-femme c’est aussi une façon d’être tendre avec les femmes, de les accompagner dans leur choix de vie. Si elles veulent avoir un enfant, si elles ne veulent pas avoir d’enfants. Pour moi, aider les femmes à avorter, c’est aussi important que de les aider à donner la vie.

 

On revient à ce que l’on disait au départ : le respect sans jugement.

Je sais que nos choix de vie sont poussés par une multitude de facteurs… Mon rôle n’est pas de juger, je veux accompagner les femmes dans leur choix et les informer (la contraception, les maladies sexuellement transmissibles, tout ce qui peut arriver à une femme) et c’est cette force qui me pousse maintenant.

 

En revanche adolescente, vous avez fait un choix presque de facilité – comme vous l’écrivez – car vous avez fait des études d’anglais…

C’était complètement la facilité parce que l’adolescence est une période un peu bizarre dans la vie d’une personne. On ne sait pas trop qui on est, on touche un peu à tout. On n’est pas très stable dans notre tête. J’avais du mal à être adolescente.

 

Pourquoi ?

Je ne comprenais pas les autres adolescents, je pense que j’étais très vieille en étant ado déjà. Je ne savais pas sur quel pied danser. Je savais que je n’avais pas envie de passer toute ma vie dans des bouquins, c’est pour ça aussi que je n’ai pas voulu faire médecine parce que la façon dont on devient sage-femme en France ne me correspondait pas. J’aimais bien l’anglais, j’avais une prof géniale et au final c’était bien d’avoir pris cette voie-là car ça me sert bien.

 

La vie est merveilleuse même si elle est parfois coquine, elle vous a remise sur le chemin de votre vocation avec notamment la mise à bas de votre chat et puis le choix amoureux. Du coup ce fut un déclic…

Absolument, ça a été une évidence quand j’ai vu que je pouvais faire des études de sage-femme à Edinburgh.

 

Édinburgh parce que votre petit ami y allait ?

Mon copain partait là-bas parce qu’il avait envie d’améliorer son anglais. En fait il ne parlait pas du tout anglais. Il partait à condition que je le suive, il n’avait pas trop envie d’y aller tout seul, du coup j’ai trouvé un moyen de le suivre.

 

Une belle preuve d’amour.

Oui.

 

Justement que représente l’amour pour vous ?

J’ai un rapport un peu cassé avec l’amour amoureux en ce moment. L’amour est une force qui me pousse à faire tout ce que je fais. J’ai besoin de me sentir aimée, j’ai besoin que les gens m’aiment bien. Je n’aime pas savoir qu’il y a des gens qui me trouvent désagréable. Au Congo, lors de l’une de mes missions, sur la table du déjeuner, il y avait un message disant : « Vous n’êtes pas un pot de Nutella, vous ne pouvez pas faire plaisir à tout le monde » (sourires) Je n’aime pas le Nutella mais c’est vrai que tout le monde ne peut pas nous aimer, moi, ça me chagrine et je me mets tout le temps à la place de la personne. J’aime aimer les gens. L’amour c’est positif. L’état amoureux c’est autre chose. C’est vraiment se donner complètement.

 

Vous faites une différence entre ces deux amours ?

Oui parce que dans l’état amoureux il y a un gros potentiel de blesser énormément l’autre. J’étais très amoureuse de mon petit ami pendant dix ans, c’était mon premier vrai petit ami. On a décidé de se séparer parce qu’on s’aimait toujours beaucoup mais on avait perdu certains points communs, on avait des chemins un peu différents. C’était super difficile de se séparer, c’est encore difficile maintenant. On se parle toujours mais c’est compliqué de savoir que nos vies sont éloignées et de me remettre avec d’autres gens. J’ai eu d’autres amours depuis mais je n’ai jamais réussi à me rendre aussi vulnérable qu’avec mon ex .Au final, j’étais tellement dépendante de lui et lui dépendant de moi, ça m’a paru très long de me remettre de ça même si je suis jeune, d’apprendre à être indépendante. J’essaie de ne pas être amoureuse en ce moment. Pourtant, c’est facile pour moi de trouver que quelqu’un est absolument fantastique et j’adore les bébés, j’adorerais en avoir un jour. On verra bien.

 

Du coup avoir une vie de femme quand on part en mission souvent, ça ne doit pas être évident ?

La distance, en amour, n’aide pas du tout. Je suis quelqu’un de très tactile, j’adore faire des câlins aux gens et à mon chéri. Du coup, c’est facile de m’enthousiasmer amoureusement mais j’essaie de ne pas le faire parce que je vais encore repartir et je n’ai pas de racines en ce moment. Avoir des racines, ça ferait encore plus mal dès que je me dépoterais. Pour l’instant, je me protège comme ça.

 

Découvrez la suite demain…

 

 

 

Valérie Motté

"AVEC NOS PENSÉES NOUS CRÉONS LE MONDE" BOUDDHA